Pourquoi la Snes est-elle la meilleure console de tous les temps ?
Diantre ! Voilà un titre plutôt accrocheur ! Avec ça, je suis quasiment sûr de me mettre l’ensemble des trentenaires dans la poche – disons plutôt 60% des trentenaires (les autres 40% étant vendus à ces traitres de Sega).
Alors, oui, il y a certainement un peu de
consensualisme de ce titre et dans cet article. Sans doute aussi de la nostalgie – de cette nostalgie qui nous fait immanquablement passer pour des vieux cons auprès de ces p’tits jeunes qui ont 2-3 ans de moins que nous (et qui n’a pas l’intime conviction que c’est durant ces 24 mois que toute la maturité vidéoludique s’est jouée ?), mais que l’on abandonnerait pour rien au monde, tant est grande notre assurance d’être dans le vrai, dans le juste, dans le beau. C’est cela, la convertibilité vidéoludique des transcendantaux : défendre une position qui n’est pas tenable, assumer une thèse réductrice et bornée, mais avec la ferme assurance qu’elle est vraie.
Je l’accorde d’emblée, la Super Nintendo fut ma première vraie console. J’avais bien eu une Game Boy avant, mais devoir plisser les yeux pour entrapercevoir un Mario en 12 pixels et deux nuances de gris, c’était pas mon truc. J’ai aussi eu une Lynx, mais c’est une autre histoire.
Donc la Super Nintendo fut ma première console. J’ai presque envie de dire que c’était aussi la dernière. Car lorsque je l’ai eu, je n’ai jamais pensé que j’aurai besoin d’une autre console. Non, cette console comblait toutes mes attentes.
Niveau
technique, tout d’abord. Les graphismes étaient fins, colorés ; propres en un mot. Le premier jeu de la console, Super Mario World, l’illustre parfaitement. Ça ne bave pas, ce n’est pas fade ; toutes les tares graphiques des 8 bits sont corrigées. C’est la
2D ultime. Certes, on se rappellera la galère des développeurs au début, qui n’arrivaient pas à pondre un jeu sans une tonne de ralentissement (Super R Type, Gradius III) ; mais très vite la console a pris son rythme de croisière technique. Le chipset sonore était très honorable, et forçait les éditeurs à pondre des jeux avec des musiques essentiellement
mélodiques, ce qui, à mon sens, est le meilleur moyen de donner une personnalité sonore à un jeu. Combien de jeux (et de films !) ont aujourd’hui une bande son interchangeable, sans grande personnalité ? Je préfère mille fois les OST d’Actraiser, Axelay, Zelda III, Super Mario World, Yoshi Island, à l’OST d’un Dragon Age, d’un Heavy Rain (même si certains morceaux sont très jolis) ou d’un Uncharted, qui sont pourtant mieux finies (avec un véritable orchestre derrière), mais contribuent moins à l’identité d’un morceau qu’elles ne l’accompagnent – et rien de plus. Ça doit être ça, le premier effet « vieux con »…
Et puis il y avait ce coup de génie, qui a tout tué : le
mode 7, cette possibilité de faire de la 3D plate. C’était pas beau (c’était même très laid en vérité), mais c’était fluide rapide. Certes, tout était déjà montré techniquement avec le second jeu de la console, le mythique F-Zero. Mais ça permettait de faire des jeux de course d’un genre nouveau – je veux dire en fait le mode 7 a permis à l’un des tous meilleurs jeux de tous les temps de voir le jour :
Mario Kart. Ah, Mario Kart ! Je me revois lire le Player One annonçant la sortie de Mario Kart, jouable à 2 en même temps, avec un mode championnat et un mode Battle… Et le cauchemar lorsque la version japonaise buguait lamentablement sur ma Snes pal avec l’adaptateur…
Bref, techniquement, la Super Nintendo était une console aboutie. Ce qu’elle faisait, elle le faisait parfaitement. Pas besoin de rêver à un successeur – pourquoi faire ? Tout était possible,
maintenant. Aujourd’hui, à l’heure où les bits ne se comptent plus, on est loin de la satisfaction technique – il suffit d’une texture qui fait tâche pour que le plus jeu du monde deviennent irregardable. Nous vivons une ère de sophistication ; l’ère de la Super Nintendo était une ère de la
simplicité. Tout du moins de la simplicité apparente et revendiquée. Avec les consoles qui allaient suivre, une toute autre voie serait empruntée, qui n’a toujours pas abouti actuellement à un résultat satisfaisant. A cet égard, je trouve que les jeux Snes sont regardables et jouables – on aurait du mal à en dire autant des jeux PS1, pourtant next gen par rapport à la Snes, mais qui ont, pour la plupart (et sauf exception) extrêmement mal vieillis…
Et puis, il y eut aussi cette
manette. Jamais je n’ai retrouvé ce confort de la croix de direction dans aucune autre manette. Jamais les Dragon Punch n’ont été aussi faciles à sortir qu’avec cette manette qui eut le génie d’inventer les gâchettes latérales, les fameux L et R. La forme même était faite pour accueillir les mains durant de longues heures, alors que la manette Megadrive, aussi ergonomique qu’un batarang, paraissait triste et sans âme.
Enfin, et surtout, la Snes est la console où le savoir faire de
Nintendo a été le plus éclatant – au point d’en faire une rente (cf. les remakes en nombre infini de ces jeux de la grande époque). Les grandes séries Nintendo ont trouvé ici leur parachèvement 2D : Mario World, Zelda III ; de grandes séries sont crées : F-Zero, Mario Kart (et pour tout vous avouer, je prends plus de plaisir à rejouer au premier opus qu’avec aucun autre épisode), Starfox, .... Ces jeux sont d’un équilibre quasi parfait au niveau du gameplay. Pas d’analogique, rien que du digital, du « au-pixel-près » amoureusement réglé.
Bien sûr, j’en fais un peu trop. C’est normal, c’était ma première vraie console. Mais dans le fond, je suis sérieux. Je sais que lorsque la Playstation 5 sortira, que l’on se gaussera des graphs immondes de la PS4 (que dira-t-on alors de la PS3…), au point de se demander comment on a pu jouer là-dessus, je retrouverai avec plaisir Mario World (le jeu que j’ai peut-être le plus de fois terminé), et qu’il me paraîtra aussi parfait dans 15 ans que maintenant.
Oui, sans doute, ça doit être ça, l’effet vieux con : être blasé devant la sophistication qui veut vous en foutre plein la vue, et être émerveillé devant les choses simples et claires. Mais dans ce cas, je suis bien content d’en être un. De vieux con.
Bon, je dis ça, mais je dois finir Mass Effect pour la seconde fois. Comme quoi, il y a aussi des putains de bons jeux, aujourd’hui encore ; mais je ne suis pas sûr que j’y retournerai dans 10 ans.